Refoulement et ombre.
Il y a bien longtemps, durant un petit combat avec mon prof de karaté, j’ai pris un KO. Je me suis réveillé sur le tatami et pas dans mon lit. Je me suis alors demandé ce qu’il se passait, puis je me suis rappelé que j’étais en cours de karaté. Trente secondes après, je n’avais plus mal.
Finalement, ce n’était pas si grave que cela d'avoir été mis KO. Cela a été pour moi, une grosse surprise ! J’avais toujours vu un KO comme une catastrophe pour celui qui le vit (ce qui peut parfois être le cas). Depuis, je sais ce que c’est !
Sur ce point, pour ma compréhension du KO, il y a avant mon KO puis après mon KO.
Pour le refoulement, c’est la même chose : c’est quelque chose qui se vit. C’est rare, et il faut, si cela vous arrive, que vous exploitiez au mieux la scène. Il faudra que vous tourniez et retourniez la scène dans tous les sens pour en extraire toutes les informations qu’elle peut vous donner. Selon moi, cela se vit en stage de psychothérapie et plus rarement en individuel. Il est possible que vous puissiez vivre cela dans votre vie, mais comment exploiter la chose si vous ne travaillez pas sur vous ?
Je raconte ici quatre scènes. Cela me parait intéressant à lire, mais cela ne fera pas que vous viviez la chose. Vous resterez au même point. Ce n'est pas comme lire et relire les cours et les exemples de rêves décodés que j’ai écrits. Petit à petit, vous serez plus apte à les décoder. Ici, ce que je raconte est juste très intéressant à lire. Cela peut vous armer si vous vivez une scène comme celle-là. Vous serez plus apte à exploiter à fond tout ce qu'elle peut vous apprendre. Vous la tournerez dans tous les sens, vous y reviendrez bien des fois.
Première scène
Lors de ma première séance avec une psy, je lui ai raconté ma vie. À la deuxième, on a fait un genre de 'rebirth' et, au retour, mon comportement a un peu changé : je calculais moins comment gérer les tâches à faire dans ma vie et me suis plus préoccupé de ce que j’avais envie de faire. À la quatrième séance, elle me propose de faire des stages. C’est ce que je voulais, car un ami m’avait conseillé de faire des stages avec elle.
Durant les deux premiers week-ends, je vois des stagiaires comme moi ne pas comprendre des choses très simples de leur histoire familiale. À chacune de ces scènes, je regarde notre psy (et prof). Mon regard voulait dire « mais comment peut-on être aussi con ? ». Il devrait y avoir une limite à la bêtise humaine ! Durant un moment du troisième stage, je remarque que je ne comprends rien à ce qui est dit. J’en fais part à la psy qui me répond : « Et alors, Philippe ? Et tes capacités intellectuelles ? » Elle se souvient de tous mes regards. Je comprends qu’il se passe quelque chose de spécial. Je prends mon temps et il me semble que c’est quelque chose à l’intérieur de moi, une autre partie de moi qui m’empêche de comprendre. Je lui réponds : « Je crois que ce n’est pas de l’ordre des capacités intellectuelles ! » Cela veut dire que, quelle que soit votre intelligence, si vous refoulez, vous refoulez. L'inconscient ou autre chose est plus fort que le conscient. Elle sera agréablement étonnée de ma réponse.
À la fin de cette journée, je ferai un gros débriefing de cette scène exceptionnelle : ce texte est là pour que vous fassiez ce gros débriefing si vous vivez une scène particulière. Il est là pour arrêter les raisonnements de trente secondes.
Cela explique pourquoi les autres stagiaires ne comprenaient rien des choses simples de leur histoire familiale. Ils sont d’intelligence normale, mais refoulent. Cela a changé ce que je pensais de la thérapie : si nous devenons à ce point bête, lorsque l’on s’approche de nos problèmes, la thérapie ne sera pas si facile que cela à faire. Je me suis dit que la chose était si importante (et que c’est notre nature) que tout peut être faux de ce que je crois de mon père, de ma mère, de l’histoire, de la politique et de l’économie (à l’époque, je ne connaissais rien à ces trois domaines.). Je me suis même demandé si cela pouvait toucher les maths et la physique : deux domaines, que je connais bien. Y aurait-il quelques petites choses de fausses en maths et en physique, car l’inconscient en a ‘décidé’ ainsi ?
Je me suis dit que le conscient était un petit pantin désarticulé et que c’était en réalité l’inconscient (ou autre chose) qui décidait pour nous. Je serais moi le conscient, une toute petite partie de mon propre psychisme. À ce moment-là, une image apparaît en haut à gauche de mon champ de vision. Une partie noire avec des traits blancs dessus. Je me demande ce que dessinent ces traits. Ils dessinent un petit pantin. Mon inconscient semble me dire qu’en effet, je ne suis qu’une petite partie de mon propre psychisme.
Avant cette scène et ce débriefing, je pensais qu’il n’y avait que le conscient (moi) et des choses bizarres, mon sommeil et mes autres problèmes. Depuis, je SAIS que je ne suis qu’une toute petite partie de mon propre psychisme et que ce reste m’est inconnu.
Dans ma vie, il y a donc avant et après cette scène !!!
Il m’est arrivé de raconter cela à des gens qui ont fait des études en psychologie. Leur regard est très facile à comprendre : ils ne savent pas ce que c’est et on leur a déjà parlé de cela. Ils savent qu’ils ne connaissent pas la chose.
Deuxième scène
Cette deuxième scène se passe une année après, lors d’un stage. Un des sujets de ce stage est ‘le psychodrame’. Nous allons rejouer des scènes de notre passé. Moi, je pense de suite à une scène au circuit Paul Ricard, j’avais une dizaine d’années. Je propose à la psy une scène sans mes sœurs (elle pense que j’ai un problème avec mes sœurs). Celle-ci me répond qu’elle préférerait une scène avec mes sœurs. J’essaie de trouver une autre scène et, là, c’est comme si je ne pouvais plus penser. Je sais que je refoule et exploite la chose en temps réel. C’est une drôle de manière de se sentir : je ne peux presque plus penser. Je ne peux penser qu’à cette scène au circuit Paul Ricard. J’explique à la psy cette scène. Elle est d’accord pour que je la joue, car je lui avais déjà parlé de cela. Je sors alors du refoulement : je redeviens en mode habituel.
Mon inconscient a choisi cette scène. Il en a profité pour m'apprendre des choses sur le refoulement. La chose est importante, car comme je ne sais pas ce qu'il s'est passé pour moi à 16 ans, cela peut venir du refoulement. Ce ne sera pas le cas, mais une bonne piste à exploiter.
Cette scène sera jouée deux fois : une fois sans moi (une personne joue mon rôle.) et une fois avec moi. Après cette scène, je me rongerais bien moins les ongles : je me suis enlevé ou plutôt réduis une difficulté. J'en sais un peu plus sur le refoulement.
Troisième scène
Je travaille sur moi depuis deux ans. Je lis un livre de CG Jung L’Homme et ses symboles. À un moment donné, à la lecture d’un texte dans un encadré, je me retrouve dans une situation particulière. Je n’arrive pas à comprendre ce texte et en même temps, je pleure. Le pleur est plutôt agréable. Je lis les mots, mais ils ne font pas sens. Je ferme alors ce livre et essaie d’exploiter cette situation. Le lendemain, midi et soir, mêmes situations. Je me demande si cela concerne une chose importante et générale de la psychothérapie que je pourrais apprendre ou si cela concerne directement un de mes problèmes. J’opte pour la deuxième hypothèse.
Le lendemain, un de mes amis passe et je lui demande de lire ce passage. Il me dit : « Ah, la confiance en soi, je comprends que cela te touche ! » Je comprends alors que j’ai un problème avec cela. Quelques instants après, une scène du passé me revient à l’esprit. Dans cette scène, je n’ai absolument aucune confiance en moi.
J’avais travaillé le sujet de la confiance en moi et avais conclu que, sauf pour deux de mes problèmes, j’avais, pour le reste, une bonne confiance en moi ... Avec tous les diplômes que j’ai.
Ce n’était pas le cas. Cette fois-ci, (après la prise de conscience), je peux lire et comprendre le texte. J’ai le sentiment clair et fort d’avoir remporté une bataille.
Cette fois-ci, le refoulement peut se voir de deux manières différentes.
- Comme dans les deux autres exemples : on s’aperçoit clairement de quelque chose qui ne va pas, on se voit refouler.
- Toutes les fois où, dans ma vie, le sujet a été la confiance en soi (y compris durant la période où j’ai travaillé cela) et où, sans que je ne ressente quoi que ce soit, mon inconscient m’a empêché de prendre conscience que je n’avais pas confiance en moi.
Cela s’appelle l’ombre. Avant cette scène, je ne pouvais pas accéder à l’information ‘ Je n’ai pas confiance en moi ’, même en travaillant le sujet.
L’ami qui m’a fait cette remarque sur ce texte de Jung m'a dit qu’il n’avait jamais pensé que j’avais confiance en moi. Nous nous sommes vus très souvent durant une vingtaine d’années sans qu’une discussion ne nous conduise à soulever la différence entre ce qu’il pense de moi et ce que je pense de moi, sur le sujet de la confiance en soi !
Quatrième scène
Un rêveur me propose un rêve que je ne vous écris pas. Ce rêve indique au rêveur qu’il a eu une vie de Pikachu. Comme je ne connais pas le symbole Pikachu, je lui demande ce que c’est. Il me montre cela à l’ordinateur. Je lui dis que son rêve lui indique qu’il a eu une vie de gosse, qu’il est puéril. Il comprend cela.
Le lendemain, il m’appelle et me dit : « Mais comment c’est possible ? À 55 ans, je ne peux pas m’empêcher de rentrer dans un magasin de jouets si j’en croise un, et je me crois mature ? » Je lui réponds qu’il n’est pas au bout de ses surprises.
Cette fois-ci, il n’y a pas exactement de scène particulière, mais le correct décodage d’un rêve.
Remarques très importantes
Le refoulement m’a été appris comme un mécanisme (sans volonté), un mécanisme de protection. Ce n’est absolument pas ce que je pense. En général, c’est l'ego qui nous fait refouler et c’est notre âme qui œuvre pour que nous en prenions conscience. Ce refoulement lui permet de nous diriger. Parfois, c’est notre âme qui nous fait refouler. Je pense qu'il y a alors une bataille dans l'autre sens.
Dans le premier exemple.
Pour les deux premiers stages, c’est l’ego des stagiaires qui les empêche de prendre conscience de leur problème : l’inconscience donne un avantage à l’ego.
Dans mon cas, c’est mon âme qui souhaite que je comprenne que je ne suis qu’une petite partie de mon propre psychisme. Elle me fait refouler puis, durant mon débriefing, m’envoie une image d’un petit pantin pour me confirmer que j’ai bien compris.
Dans le deuxième exemple.
Mon âme, pour deux raisons, a choisi de me faire refouler :
- Pour que je choisisse pour ce psychodrame la scène du circuit Paul Ricard et pas une autre.
- Pour que je comprenne ce que c’est que refouler.
Dans le troisième exemple.
Il y a là une bataille entre âme et ego. L’ego comprend que la lecture du texte peut être une occasion pour le conscient de faire une prise de conscience. Il l’empêche donc de comprendre le texte. L’âme envoie une émotion et un pleur agréable. Une fois que la prise de conscience est faite, l’ego n’a plus de raison de faire refouler. Le souvenir passé peut resurgir. Une bataille entre ego d'une part, et âme avec son conscient d'autre part. Nous avons gagné !
Dans le quatrième exemple.
Là, c’est facile. L’âme du rêveur a envoyé un rêve au rêveur pour qu’il prenne conscience de son défaut. Cette fois-ci, le bon décodage du rêve apporte aussi (en plus de la prise de conscience) une réduction du défaut, car le bon décodage du rêve est accompagné d’une diminution de la problématique.
Comprendre le refoulement au sens où je l’ai expliqué (nous sommes une petite partie de notre propre psychisme.) est du même ordre d’importance que de comprendre que nous avons un ennemi intérieur.